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Artiste Peintre – lih

Le Voyage

lih, 23 novembre 202427 août 2025

TEXTE DU VOYAGE

1

Il faut que je commence à raconter les territoires que j’ai arpenté, en mémoire à K. White et E.Reclus, hommes des grands espaces nomades parfois nomades immobiles pour écrire et raconter leurs voyages.

L’homme qui marche chante.

Il chante le sentier sur lequel il est.

Il chante les paroles du lointain passé, inscrit dans sa mémoire.

J’ai vu le massif des roches brunes où mes pas m’ont mené dans un temps ancien, où le reste de la tribu séjourne encore.

Je vois cette peinture de palmiers verts où l’africaine passe au loin et se fond dans cette forêt, réalisée quelques ans après ma naissance, Congo Brazzaville.

J’ai vu de nombreux territoires et paysages à travers les fenêtres du train, des tunnels enfumés par la locomotive à vapeur, des bâtiments de fermes , pas de voitures ou très peu, des tracteurs.

Dans un train express d’aujourd’hui de l’an deux mille vingt quatre, ils défilent les wagons de marchandises aux innombrables tags d’écritures, de sigles étranges et colorés d’anonymes clandestins.

Le son du battement des rails rythmait nos voyages, nos expéditions mêmes de notre famille, plus de mille kilomètres de Saint Raphaël à Amboise en passant par Saint Charles de Mars, Le Lion de la Perruche, Le phare de Marisse sur Seine.

Arrivée en gare de François 1er, Jacqueline et son large chapeau et nous quatre chargés de sacs et de bagages traversant le monde des grands dans l’insouciance et l’impatience de nos vacances. Bernard nous rejoignant en Août pendant ses congés de militaire.

Le trajet du train à vapeur des années 60/70 dans les campagnes de France semble un voyage initiatique, nos yeux de gamins puis d’ados voient d’autres mondes, et Paris, le métro, les gares, les multitudes de gens qui y circulent.

Un rituel pour une ouverture d’esprit vers un espace inconnu et mystérieux.

Les maures traversent le massif des roches brunes, la végétation n’a pas trop changé depuis, les couleurs de la terre se rapproche du rouge, une histoire de jurassique je crois. Des traces de leur passage doivent y subsister, je dois partir à leur recherche. Le sang a t il coulé par ici, j’ai dormi là à la belle étoile avec d’autre pionniers de l’aventure.

Une montée rocailleuse avec vue sur la ligne qui fend le paysage, en bas vers l’est et vers l’ouest, les fourmis y circulent, cela pourrait être des navires sur le fleuve amazone, des embarcations sur une eau invisible.

Je chemine à travers l’espace et le temps, à travers une mémoire pas si formidable que ça.

Je revois une palmeraie sur une île de Méditerranée, les maures sont passés là il y a des siècles, court séjour ou lieu de résidence de repos en bord de mer avant de naviguer vers de nouvelles terres à conquérir, à Une soif de richesse, de pouvoir, une faim de loups vers les brebis égarées.

2

Cartographie mentale et mouvement dans les territoires, influence de K. White et E Reclus pour un monde à part.

Je vois des arbres et je finis par les nommer après des dizaines d’années d’ignorance de leur existence réelle. Je connaissais quand même les pins parasols les cyprès de mon enfance, les palmiers peut être aussi. Je vois des fleurs, les œillets de Nice de mes 10 ans.

Je vois un jeune homme d’une vingtaine d’années au physique endurci par le travail de recherche de cueilleur de noix de coco pour sa survie et celle de sa famille, coupe coupe à la taille, longue perche dans une main et lourd sac de toile sur l’épaule. Il marche et nous regarde , une plage des caraïbes. Un monde à part avec Tucson Hyundai 4X4 flambant neuve.

Des images qui se télescopent contre le mur d’une mémoire, une série de souvenirs indistinctes de lieux de passage. Quelques secondes, quelques heures.

Je marche sur un sentier de la rainforest coté pacifique.

Je marche dans les rues de Naples, de Bayonne, de Vérone, de New York, je marche et j’écris ce que je vois là bas dans quelques heures, dans quelques années ?

Je marche et je m’arrête boire un café avec Claire Camille et Rémi, là bas dans un lointain pays ou là pas loin du pays basque.

Des voitures défilent sous mes yeux dans la nuit. Des voiliers sont là amarrés à quai face à un palais.

Je marche et je vois un seul arbre dans cette histoire, un palmier.

Il faut avancer et se remémorer les créations artistiques, brèves ou architecturée durant de longues heures, la création vient en travaillant le dessin, l’imagination et l’écriture.

La vue ou l’ouïe des insectes étranges, les frelons butinent les fleurs odorantes, les murmures des bourdons dans les fleurs d’acanthe nous mènent vers un mystérieux trésor, celui de nos vies communes avec eux et de nos découvertes à multiplier et à divulguer.

3

Sur le chemin qui serpente entre les roches , quelques uns d’entre nous repèrent des signes laissés là pour nos mémoires.

Arpenter cette montagne et redescendre ensuite pour une marche jusqu’à la nuit. Le lieu est propice à une halte nocturne, se rapprocher d’un abri sous falaise, allumer le feu. Il porte l’eau avec sa calebasse, il porte le feu lui avec ses outils, les boissons chaudes sont servies dans ces noix « Coco nuts » d’un pays lointain . Les herbes de verveine et de menthe transportées jusque là parfument l’atmosphère et réchauffent nos cœurs. Le champagne des fées nous étourdit et nous réjouit après cette longue marche. Certains s’endorment, d’autres parlent jusqu’au bout de la nuit. Des sculptures de Nogushi sont dans nos rêves, beauté de la matière, des lignes, des teintes et leur histoires. Tout se rassemble et participe à l’élaboration des contes dans cet univers parfois hostile. La fontaine aux couleurs étranges nous accueille. L’eau des profondeurs du glacier ressurgit là comme par enchantement ! Un sortilège, un acte magique sorti de l’esprit du chamane peut être. Les effluves des premières fleurs de printemps nous enveloppent dès l’apparition du soleil et de sa chaleur . Le torrent n’est pas loin, avant le départ, un plongeon dans la piscine naturelle d’eau très fraîche est nécessaire.

Je traverse l’eau comme je traverse l’air, je flotte au dessus des profondeurs aquatiques sombres et peu rassurantes, je flotte dans les airs, plutôt je me maintien dans l’espace. Je vois des lumières bouger dans la nuit de ma mémoire.

Et enfin le Tourbillon rouge de l’artiste envahit l’espace visuel dans un silence très spécial. Le bruit des jours passés s’évanouit d’un seul clic. Puis les vagues se remettent à remuer et reviennent à leur ressac éternel pour ne pas dire sempiternel, comme une ritournelle enfantine, elles dansent sur le sable là ou contre la roche là bas. Attendre encore et attendre encore la fin du voyage. Et rêver des cafés expressos sortis tout droit de la machine sous pression de la locomotive à vapeur, pschitt……

4

Entre les rocs, il serpente le chemin

Ils repèrent des signes laissés là, à la mémoire du temps

Montagne est rude à gravir, Quelle joie le soir venu

Eau dans sa calebasse, feu dans ses mains, il prépare la tisane le chamane

Feuilles de menthe et de verveine parfume l’atmosphère de la nuit

Champagne des fées nous étourdit et nous réjouit après cette longue marche

Pour certains les yeux se ferment, et d’autres libèrent leurs paroles jusqu’à l’arrivée du jour

Les sires Nogushi et Chillida nous dévoilent à travers leurs contes, leurs sculptures massives

Granit noir s’élève là

Formes construites

Chillida

Marbres aux couleurs vives

Polies et adoucies par des mains

Nogushi

Langues se délient la nuit

Poésies de Nogushi et Chillida

Vent souffle

Douceur des formes

Légèreté des blocs de granit

Traverser le Pays Basque et les rues de New York

Des langues inconnues et des personnages

De ces contrées lointaines

5

Un arbre sous l’effet du soleil s’obscurcit, on ne voit cette transformation qu’à un bref moment du jour

Arbre noir

Chauffe le soleil

Dans le parc de Chillida

De Naples à Venise, d’Inverness à Lewis Island, de San José à Cahuita

Des gens circulent sur cette image en noir et blanc.

Il marchent et discutent entre eux.

Quelque chose d’étrange se dégage de cette scène, des bâtiments alentour, un sol pavé, une lueur blanche dans le ciel, des jeunes gens assis sur des marches de l’église à regarder les passants et les ragazzas.

Une autre époque, une autre vie.

Marcher dans les rues et parler de tout, du monde et de l’avenir.

Pas de « téléphone portable » dans les mains ou collés aux oreilles, image d’un autre temps.

Comme peut être sur des photos anciennes de mariage où les hommes tenaient entre leurs doigts « une cigarette »

Les mains dans les poches de leur veste, ils discutent, les jeunes gens, du regard des jeunes filles.

Fin des années soixante dix, 1978, 1979 peut être.

Je traverse l’Écosse en stop dans ces années là.

Je me remémore des arbres et des murets de pierres.

En août 1980, voyage vers Lorient pour électricité marine.

Année soixante dix sept, j’ai vingt ans, en terminale à saint-Ex., lycée de saint-Raph.j’achète quelques journaux noir et blanc grands formats

on fait des photocopies dans une papeterie pas loin de l’atelier du C.R.A.P.

J’ai attaqué des écritures sur différents supports, papiers, bouteilles d’un bleu éthéré, main de plâtre, et autour de soupières de Raoul.

Une expo à Nice chez Calibre 33 et un BEN qui matraque avec son Instamatic toutes les œuvres en suspension, satellites, écritures, soupières, et autres voiles de Josée et Eric.

il y a une histoire dans la géographie des espaces que j’ai traversé et d’autres que je traverserai

nous marchons huit heures

nous observons les paysages

j’observe le sol, silex taillé

découvertes de lieux étranges

bâtisse sur une colline

moulin fantôme

château des maures présents là autrefois

rigoles et silos énigmatiques d’un lointain passé

réservoir d’eau ou de grains dans ce paysage sec

paysage aux formes érodées par le vent et les eaux de pluie

……

……

……

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